L'Histoire des Pingouins

- Par Antoine Bellot -
Épisode IV
Camp CaLUG

Malgré la diversité apparente des amusements qui semble m'attirer, ma vie n'a qu'un objet: elle est tendue tout entière vers l'accomplissement d'un grand dessein. J'écris l'histoire des Pingouins.

Anatole France: l'ile des Pingouins

«Debout, bande de macaques, rassemblement au cul des châssis dans 3 mns et pas une moufte: ici c'est les Crânes d'Oeufs de Luniv Schoelcher, et pas la cours de récré, c'est pigé?»

Le gros tas de chenilles vertes que constituait une chambrée d'aspirants pilotes dans leurs sacs de couchage remua légèrement sous la tente vétuste posée à même le sol glacé du Missouri. La voie juvénile du jeune Kevin perça à peine, sous l'anonymat du tas informe de glandus de fac pris en traîtres au réveil à 16h30 du matin.

«Mais, caporal, on est arrivé au milieu de la nuit et on n'a pas pris de douche depuis...» «Et alors? Vous croyiez qu'être pilote de la Rébellion c'est le Club'Med? Qui m'a foutu un pareil ramassis de neuneux: vous êtes les pires glandus que j'ai jamais vu passer au camp CaLUG. Le dernier arrivé se tapera son premier entraînement sur carte Holtech!» «Qu'est-ce que c'est une carte Holtech?» demanda timidement une voix. «Réfléchis pas et saute dans tes bottes!» répondit quelqu'autre anonyme, un soupçon de terreur dans la voix.

Jean et Kevin étaient amis d'enfance. Jean admirait depuis longtemps ces rebelles dont parlaient avec envie ses amis d'undernet. Il avait tout lu à leur sujet 01 Fort Mastic, Pesset à chier, Dah Trou Du Q zideout, Georges's Rave GNU World (il ne comprenait pas bien celui-là), Linux en 2 claques, et sendmail.cf pour les nuls (un ouvrage moldoslovaque en solde à Leclerc), sans compter les logs complets des saintes paroles de Rain Over Hide sur IRC. Il s'était fait kicker 100 fois de #linux-fr, et enfin, enfin, il avait trouvé les coordonnées secrètes du CaLUG dans les pages jaunes des PTTs. Ces rebelles étaient décidemment retors, mais assez aisés à retrouver pour un esprit supérieur comme le sien.

Il avait longuement poli son vieux châssis d'y a trois mois Celeron 666 MHz overcloké de la morkitu UltraUtlraWideWideSkeusi3, Plextor-Tamère 24x24x96, acheté un nouvel écran 32 pouces, un clavier Dvor-Happy-Hacking, un tee-shirt de la Rébellion et volé la casquette Sun de son père. Puis il s'était engouffré silencieusement dans les soutes du RER, sans billet, bien sûr, comme un rebelle.

Il ne comprenait pas encore très bien comment il avait pû en quelques jours se retrouver à gadouiller dans la boue puante de ce champs du Missouri. À peine arrivé, les rebelles avaient démonté son châssis, effacé tous ses logiciels Varèzes et ses 720 Gigas de Ehm-P3, puis volé ses barettes mémoire et sa carte-mère pour le Croiseur Loupi, qui en a besoins pour Lathèz, qu'ils disaient. Il n'osait trop rien dire, mais ils avaient l'air bizarre, ces rebelles. Les cheveux trop longs, ou trop courts, qui discutaient de choses étranges. Quand il avait récupéré son châssis, il n'y comprenait plus rien. Mais très vite, il avait reçu l'instruction élémentaire théorique et se préparait à son vol d'essai. Il avait découvert que son clavier possédait des touches avec des lettres dessus, et que ces lettres s'assemblaient en mots semblables à l'anglais qu'il avait appris à l'école, que l'on appelle des commandes dans le jargon secret de la Rébellion. Ces commandes se décomposaient souvent en binaires, options, paramètres, que l'on mettait toujours dans le même ordre pour faire à peu près toutes les manoeuvres, sauf tar (comme quoi les rebelles n'étaient sans doute pas si intelligents que ça: tout ceci semblait très simple, voire primitif).

Les rebelles disaient que les débutants avaient le droit d'utiliser (et de connaître) un éditeur, qui ressemblait à MSOueurde comme sa mère à Pamela Anderson. Vihaille comme les rebelles l'appellaient, était sans doute un bizutage, et il avait secrètement découvert pico grâce au tuyau filé par un autre jeune aspirant, qui pourtant utilisait vihaille comme un Dieu. Jean se disait qu'il avait bien des choses à comprendre encore...

Jean était un champion à des tas de simulateurs de combat: Quake, Total Annihilation, mIRC, et maîtrisait le Hach-TML. Il comprit vite que quand on connaît le Hach-TML, le shell semble facile. Le shell était l'interface de la Rébellion. C'était comme les fenêtres, sauf que il n'y avait jamais une fenêtre qui cachait une fenêtre en dessous et c'était bien pratique. C'était aussi une interface formidable dans laquelle on pouvait passer le résultat d'un programme à un autre programme: c'était fantastique, parce que lui en fait, il n'avait jamais compris le système sur les boosters MS qui s'appellait OLE, COM, ou machin-truc-X-VBS-WSH et qui changeait tout le temps (mais il avait eu ActiveState Perl en varèze-bundle avec Black Orifice par un pote sysad Ouf et Cool sur 'DozNT, même s'il n'avait jamais réussi à s'en servir), et qu'il avait fini par se dire que «tout dans une page Web c'est pratique, même si quand tu copies/colles, faut tout changer à la main le Hach-TML dans le presse papier en attendant la prochaine version».

La vie au CaLUG était dure: on mangeait pas grand chose de bon, yavait pas la télé et pas beaucoup de filles. Tous les logiciels arrivaient par le feed d'Ether et il n'y avait pas beaucoup de jeux, sauf NetHack qui lui rappelait un pacman dessiné par un autiste avec des règles compliquées, mais le mail et l'irc marchaient bien. La nuit, les pilotes buvaient des bières noires en rigolant et yavait même des mecs vachement vieux qui foutaient plein de mousse sur leurs barbes. Ils avaient de drôles de pantalons en velours côtelé marron et des gros ventres, mais il étaient champions à r00twar, qui était une sorte de Quake sans règles au shell où tout le monde est root et tente de déconnecter l'autre et parfois ça allait vachement vite, même sur Untel386.

La discipline était sévère et il faisait froid dans la salle machine où les aspirants bricolaient des machins ramassés dans les poubelles de l'E-Empire qu'auraient même pas pû lancer un bon vieux Duke. À l'entrée, le tableau des punitions rappellait les sanctions sévères auxquelles s'exposaient les contrevenants aux règles parfois bizarres du CaLUG.


Pour avoir perturbé son entraînement par «volonté d'assistance à neuneu en difficulté», la recrue matricule 00-00-1E-28-63-78 est condamnée à deux recettes.

Pour avoir exercé notoirement le métier de Consultant Linux sans qualification réelle et sérieuse, et compromis la réputation de la Rébellion dans un Projet Neuneu pipotronique de E-Business, la recrue matricule 00-00-FA-F1-12-2E est condamnée à s'enduire de goudron et de plumes en toutes circonstances durant son séjour au camp CaLUG (et cinq recettes).

Pour s'être manifesté dans l'Ether en mode root, la recrue matricule 00-00-5A-7B-85-1A est suspendue de permis de vol pour une durée d'une semaine (et deux recettes)?


Les recettes, c'était un truc bizarre des rebelles. Apparemment, très peu de rebelles savaient faire la cuisine, sans doute parce qu'ils sont devenus rebelles avant d'être sevrés de la cuisine de maman. Alors ils mangent des pizzas par boîte de trois et montent une bibliothèque de recettes que personne ne sait faire. Jean pensait que les recettes, c'est parce que Croiseur Loupi aimait bien que les jeunes rebelles pensent à autre chose que la Rébellion de temps en temps et que les neuneux y veulent des recettes magiques pour tout, mais Jean se disait quand même qu'on pourrait de temps en temps faire des vraies bouffes avec les recettes et uniquement les recettes parce que y'en avait des rigolotes et que bon être condamné à écrire des recettes, c'est bien, mais ça vaut pas si on les fait et on les mange pas.

Jean avait pris l'habitude de rêvasser en courant. Courir vers les châssis était un des rares temps libres accordés aux aspirants pilotes, qui devaient se lever tous les jours avant 17h du matin. C'était encore pire que la fac. Mais il fallait reprendre son souffle vite fait: le chef n'aimait pas voir les aspirants essoufflés.

Jean vit apparaître le caporal qui contourna rapidement les châssis alignés et briqués comme des sous neufs. Cela voulait dire que le sergent-chef Schoelcher n'allait pas tarder à se montrer.

«Ààààààààààà vos rangs, fixe!»

Le sergent-chef Luniv Schoelcher débarqua comme à son habitude en parachute de son vieux châssis Holtek qui piquait en vrille en laissant s'échapper une grosse traînée de fumée noire sur le disque arrière avant de s'écraser dans un vacarme assourdissant dans l'herbe à l'arrière. Imperturbable, le sergent-chef laissa le watchdog vérifier le disque endommagé, s'avança vers l'escadrille au garde à vous, et fit son sourire habituel.

«Je vois que nous avons des petits nouveaux, aujourd'hui,» lança-t-il en regardant Kevin et la jolie petite brune dernière de peloton «J'ai un petit message pour vous, les bleus: dans les Crânes d'Oeuf, tout le monde est sous shell, personne ne déloggue, le premier qui fait X, je l'reformate moi-même: ME SUIS-JE BIEN FAIT COMPRENDRE?»

«OUI, CHEF!»

«Bon: bienvenue chez les Crânes d'Oeuf.»

«'Crânes'd'Oeuf'à'Luniv'Schoelcher» hurla le caporal à l'arrière.

«Ouaips!» reprirent les vétérans. Jean hésitait encore à hurler avec eux. Les rebelles avaient des rites étranges, mais apparemment bien sympathiques, qu'il fallait un peu de temps pour comprendre.

«Pas un seul qu'a des tripes dans c't'escadrille, putain on est pas bien barrés. Bon: pour le briefing aujourd'hui, on va pas se fatiguer le peu d'cervelle qu'on a. Tou'l'monde sur les châssis, insertions des disques De Bean, décollage pour l'Ether dans 30 secondes: visite de routine, on feede sur FMBL, vous m'éclatez trois-quatre neuneux et on rentre. La routine quoi. Les âmes sensibles, je les envoie en stage de maintenance GlibC, pigé?».

Deux minutes après, l'escadrille s'élançait péniblement vers le ciel.

«'Tain j'y crois pas c'te bande d'escargots ils ont lancé Apache au décollage et pas un qu'a refait son inetd.conf, j'hallucine, bon, c'est pas grave: alors, Groupe Vert, on va commencer par quelques trucs simples. Attention, vous êtes sous noyau générique, ce qui veut dire que vous avez la moitié de l'équipement en vrac, et si vous êtes pas jouasses, z'avez qu'à en parler au bon Dieu si vous avez du temps à perdre. On s'arrache et dès qu'on est à Load<0.10 on recompile!»

«Mais, Chef, si on se plante, au reboot on est mort?»

«Tu commences à comprendre fiston: normal, tu dois avoir l'habitude avec les boosters MS. Personne ne reboote avant le signal, c'est bien compris? Tout le monde a sa disquette d'urgence prête? Non? Haha... je vois que monsieur est un comique: DEUX RECETTES et reboot immédiat, va y avoir de la viande froide au menu ce soir. Tous les autres, serrez la formation, reboot dans 15 secondes, 14, 13, 12...»

«Tiens, le boulet de tout à l'heure est toujours là? Content de te revoir entier, mais ya ton SCSI qui fume là: retour à faible altitude, fous-moi ton eth0 en noarp, passe en single mode et tu me corriges ça tout de suite à la lime à ongles. Les autres, vous passez en Init5 et le premier sous X je lui pique les manettes en 5 secs. Go!»

«Vert-5, qu'est-ce que tu me glandes à l'arrière?»

«Je compile Wine, Chef, je vais prendre un chouille de lag, mais ça va vite aller.»

«Veux-tu me lâcher ce bout de code de merde tout de suite! Chez les crânes d'Oeuf, Wine, pour la détente à Starcraft et si tu crois que tu vas voir ton écran X avant de me réciter par coeur un fichier de conf potable, je crois que tu te fourres le doigt là où tu devrais pas si tu veux pas que j't'aide de la main.»

«Mais Chef, c'est juste pour quelques softs: Pip'Office et Outlook parce que c'est vachement plus convi...»

«PARCE QUE POUR TOI avoir ton châssis qui lagge comme un gros veau, c'est plus convivial? J'crois qu'tu t'es trompé de boutique, fils. 'tain, c'est vraiment pas ma fête aujourd'hui, Vert-2, serre-moi cette expression regulière sur l'aile, tu perds de la puissance!»

«Oui, Chef!»

«Plus court, B####L, plus court, utilise sed, pas grep, et vire moi ce cat ou j't'e colle une recette!»

«Oui, Chef!»

«Et lache-moi ce PERL tout de suite: l'arme atomique c'est pas pour contourner deux-trois débris neuneux, fils, même des Athlons sous EPO. N'oublie pas que tu es sous 16 Megs et à 90 MHz de cadence stealth mode.»

«16 Megs? Mais j'en avais 128 en arrivant au camp CaLUG!»

«TU CROIS QUAND MÊME PAS QU'ON ALLAIT TE LAISSER GÂCHER TES BARETTES POUR UN SIMPLE VOL D'EXERCICE? OUI MON GARS TU ES SOUS 16 MEGS AVEC SWAP MINIMUM, ALORS GÈRE, BORDEL, GÈRE SERRÉ, sinon tu vas louper des paquets et je veux le meilleur score au snort, parce qu'ici, on est pas au Club Med, on est chez... Chez...»

«Les Crânes d'Oeufs de Luniv-Shoelcher, Chef!»

«Bon ça commence à percuter un peu... Alors attention groupe Vert, formation Diamant et dans 15 secondes, on lance les feeds et baoum plongeon dans l'Usenet: j'espère que vous me foutrez pas la honte, ya ma blonde qui m'attend là-bas, alors z'avez intérêt à pas m'les briser... 15, 14, 13, 12, 11...»

Le bruit de succion couvrit un instant les paroles de Luniv au moment ou la connection d'Ether s'établit, aspirant l'escadrille des Crânes d'Oeuf au coeur du Cercle de Wolf.

L'esprit fébrile, Jean abaissa nerveusement la visière du HOD. Désormais, il serait un Rebelle, un vrai Crâne d'Oeuf, et même la frayeur de voir son disque ou son écran partir en flammes ne l'effrayait plus. La signature SLRN s'étendait en lettres de feu à l'arrière de la tuyère... Son châssis overclocké carburait encore mal, mais il savait qu'il ne pourrait plus revenir en arrière. Peut-être reverrait-il son ami Stéfan, parti un jour pour un autre LUG quelques mois auparavant et qui ne donnait plus signe de vie. Il se souvint avec tendresse de leurs heures passées à déchiffrer les illisibles arcanes de l'E-Empire, de la recherche éperdue de carburant-crack dans les pires recoins de l'Ether, de l'enfer vécu en commun lors du lancement de Win2K. Du passé tout ça: Stéfan avait perdu trois ans de travail à cause d'un virus caché dans un crack, et tout ce qu'on avait pû lui dire était «ha! tu n'as pas de sauvegarde». Ayant tout perdu, Stéfan s'était dit que le moment était jeune et avait quitté leur jeune bande de neuneux. Peut-être se rencontreraient-ils à nouveau ici ou ailleurs.

Peut-être, ce soir, croiserait-il un neuneu isolé. Il se demandait s'il saurait manoeuvrer assez vite. Les neuneux ne sont pas rapides, mais il savait que dès qu'on se manifeste devant l'un d'entre eux, cinq surgissent et vous followupent à revers. Il avait entendu dire qu'on pouvait désintégrer un missile technique par diverses armes secrètes: le Cancel, le Supersedes, mais que l'usage de telles armes étaient banni dans le Cercle de Wolf, et passible de mort. Pourtant, il faudrait bien les éliminer, un jour, tous ces missiles techniques.

Jean pensa soudainement qu'il était l'un de ces neuneux il n'y a pas si longtemps.

Le HOD signalait 452 entêtes, dont probablement 90% de missiles neuneux. Jean hésita, puis engagea le Plonk. Il n'était pas d'humeur combative aujourd'hui, même s'il savait désormais tirer une charte fu2 à la perfection. Les bleus devaient faire leurs premières armes, montrer à la Rébellion que même un branleur de fac sait tirer une charte, même avant 18h du matin. Lancer un POST de mauvaise humeur ouvre toujours un terrible combat et fréquemment, fallait compter sur les potes pour décrocher le missile neuneu qui vous verrouillait sournoisement.

Schoelcher hésita une seconde, puis répondit: «Merci pour vot'soutien, les gars, vous connaissez la chanson: ici tout est libre, Démerdenzizicht-Licence[1], no warranty: ya écrit X-NoArchive=Yes sur ma G##L#? Alors tu es libre de prendre ton pied: fais ske tu veux de s'ke j'raconte, corrige les fautes d'orthographe, moi, c'est pas mon truc, chuis qu'un gros bourrin d'pilote, et j'm'éclate comme ça! Si tu t'éclates avec nous, bienvenue chez les Crânes d'Oeuf!».

«WAIiiiiIIH!»

«Bon les enfants, on arrête de déconner deux minutes et on passe aux choses sérieuses: ya quatre missiles techniques vélocité 1, 3, 5, 9 masse 30Ko, 5, 12, et 9, horizon 120. Les p'tis jeunes montent au carton, balancent une floppée d'chartes, proprement, sans histoires, et pas de polémiques stériles, les bleus: on lâche le bébé pile-poil en mbox, on s'en branle de la réponse. Tant que Croiseur Loupi est au tas, montrez donc un peu à ces vieux schnoques de la Kabbale que les Crânes d'Oeuf, c'est pas QUE des ptis branleurs, et on serre le regexp sur le plonk. Vert-8, tu passes la serpillère en sortant et on décroche sur CaLUG au SIGHUP, qu'on fasse péter les mousses avant 2h du mat. Go!»

La Crânes d'Oeufs entamèrent silencieusement la manoeuvre. Alors qu'ils serraient la formation, la douce voix du chef retentit dans les écouteurs:

«ET Tachez d'bien vous t'nir, ya ma blonde dan'l'secteur et l'premier qui m'fout la honte, J'LE'FOUS SOUS HURD AVEC LE DOUBLE-LIVE DE STALLMAN À TOKYO EN GUISE DE MAN!»


[1]. Voir en annexe.


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Fiche mise à jour le mardi 18 mars 2003.
Thomas Nemeth
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Script (version 2.9.9-r9) fait en août 2000