L'Histoire des Pingouins

- Par Antoine Bellot -
Épisode XXXXI.IX
Submersion

Malgré la diversité apparente des amusements qui semblent m'attirer, ma vie n'a qu'un objet: elle est tendue tout entière vers l'accomplissement d'un grand dessein. J'écris l'histoire des Pingouins.

Anatole France: l'île des Pingouins

Jean sentait encore la présence rassurante de Chico sur sa gauche. Il l'imaginait le regardant, silencieux, calme, cherchant à se faire oublier. Il avait joué son rôle, Jean devait maintenant jouer le sien.

Jean sentait aussi l'odeur toute particulière du petit homme au jean sale, sur sa droite, s'il se souvenait bien. Il distinguait encore le cliquetis sourd, frénétique, arythmique, de ses doigts sur le clavier de son antique terminal. Il regardait Dara, assise face à lui, les yeux sur sa console. Elle aussi pianotait, ponctuant de contretemps appuyés, délibérés sa frappe lourde, lente, rythmée.

Par-dessus tout, l'univers irréel de ses nouveaux compagnons, omniprésents, silencieux s'imposaient à ses sens par-dessus toute réalité: Barney, Igolio, Skimmy et Gigolio. Dans le néant qui ne tarderait pas à se dissoudre, Jean sentait leur présence dans chaque gémissement du disque, chaque vibration du châssis. Rythmés, asservis, mais guère maîtrisés par les claviers des flibustiers, les ectoplasmes agissaient dans l'ombre, tissant la trame qui bientôt l'engloutirait.

Il chercha à se souvenir, se raccrocher au fil du temps, chasser la confusion, retrouver des repères.

Dara avait complété son casque d'une visière presque opaque qui couvrait ses yeux. Cette visière, hérissée de câbles, intégrait un réseau de fines matrices à cristaux liquides qui superposaient à la vue de la cave assombrie l'image d'un nouvel univers. De gros écouteurs démodés occultaient ses oreilles, mêlant le fond sonore du monde réel à la discrète ambiance musicale qu'avait choisie Igolio «pour détendre son ami Jean», selon lui. Il prit soudainement conscience du fait que la musique s'adaptait discrètement au rythme des bruits mêlés du monde extérieur.

Dans un coin de la cave, à la limite de son champ de vision réduit, un lot de vieux écrans crasseux diffusaient quelques angles de vue de l'univers calculé, inventé, par les logiciels qui donnaient vie aux quatre ectoplasmes. Ceux-ci collaboreraient à la construction d'une interface que Jean aurait voulu plus familière, par laquelle il devrait bientôt apprendre à retrouver les commandes de son châssis.

Il lui suffirait de quelques gestes pour cela. Il leva lentement sa main, fit un signe du doigt. Aussitôt, un premier terminal jaillit de l'horizon, sembla foncer dans le vide, avant de se stabiliser à quelques mètres de lui. Il le repoussa distraitement sur sa gauche, le regarda flotter, suivre ses gestes, avant de le renvoyer au fond de l'horizon. Il reposa sa main. Tout était normal, tout fonctionnait comme prévu.

Barney avait insisté pour piloter les caméras robotisées qui observaient les mouvements de Jean: une de chaque côté, une face à lui, une au-dessus de lui. Igolio avait fort à faire à extraire de ces informations une représentation compréhensible pour ses compagnons des images corrélées. Dans l'univers virtuel, à l'horizon, suspendu dans le vide, un mannequin fait d'un lacis de fils lumineux représentait assez grossièrement le corps assis de Jean, reproduisant au mieux chacun de ses gestes. Igolio se concentrait particulièrement sur les détails du visage et les mains du pilote, leur dialogue ayant convenu que ces parties du corps étaient les plus susceptibles d'expression consciente chez l'être humain. Jean se souvint qu'il avait dû revêtir une combinaison particulière, couverte de petites agrafes fluorescentes, qui aidaient Igolio à repérer ses mouvements.

Skimmy tentait de son mieux de traduire en instructions machine les informations d'Igolio, selon un code programmé par Dara. Il adoptait pour cela la représentation intermédiaire commode selon lui, qu'il appelait Scheme (prononcez Skiiim, avec un i long, avait-il insisté). Sans doute n'en connaissait-il d'ailleurs aucune autre.

«Le langage Scheme est parfait, car élégant, et fonctionnel, avait-il expliqué. Il permet la description de structures d'une grande complexité, mais il reste simple pour la machine, et n'exige qu'un effort infinitésimal de traduction, tout en restant humainement lisible, à la différence du Forth, par exemple.»

Il n'avait pas convaincu grand monde avec cette belle théorie, mais contourner cela avait semblé inutile. «Tout ce qu'une machine peut comprendre, tu peux le comprendre!» avait insisté le petit homme. Malgré la syntaxe pour le moins rigoureuse du langage, Jean ne maintenait qu'une surveillance très sommaire sur la fenêtre des traces, faute d'arriver à interpréter assez vite le flux continu de symboles dans la console. Skimmy, par contre, ne semblait pas réellement accaparé par sa tâche.

Gigolio, de son côté, n'avait guère apprécié de devoir se charger de tous les aspects relatifs à la gestion matérielle du châssis qui, selon Skimmy, «étaient hors de portée des représentations fondamentalement abstraites de Scheme». Jean avait préféré dormir lors du long débat que ses compagnons avaient eu concernant la pertinence d'offrir une interface émulant les propriétés réflexives de Smalltalk pour l'agent Skimmy. Il s'agissait en gros de rendre lisible un objet logiciel exportant des propriétés synchronisées avec les caractéristiques du système réel. Jean n'avait absolument rien compris à tout ce jargon, et n'en avait guère retenu qu'en gros, ils parlaient d'un /proc orienté-objet, que Skimmy pouvait utiliser pour tout un tas de choses probablement utiles, mais dont il n'avait pas la moindre idée.

Jean tâtonna pour retrouver les deux joysticks aviation fixés aux accoudoirs, sous ses mains. Il disposait de plus d'une double console, d'un pédalier, et d'un joystick de pilotage central.

Il entendit distinctement le bruit assourdi d'un moteur en préchauffage se mêler peu à peu au fond sonore. Des effets de réverbération artificielle rendaient de plus lointain le fond sonore de Basse Tille.

«L'Empire veut révolutionner les interfaces homme-machine, avait déclaré Dara. Faire un bond décisif en avant dans le dialogue entre l'homme et la machine par la réalisation d'une interface assortie d'éléments sonores et visuels suffisamment proches de notre univers réel pour que l'utilisateur en déduise plus d'informations que par le biais d'une interface classique à fenêtres, en utilisant les mécanismes cognitifs qu'il exploite dans son environnement habituel. Cependant, pour provoquer le phénomène d'immersion, un décalage important entre le réel et l'interface doit exister.
- Immersion? avait dit bêtement Jean.
- L'immersion est le nom qu'on donne au phénomène qui se produit lorsqu'on a l'esprit totalement accaparé par une activité, au point de perdre le contact avec l'univers extérieur. En gros, il s'agit de forcer la concentration et l'attention de l'opérateur.»

Son auditoire était resté silencieux. Elle avait alors repris:

«Il s'agit de mettre au rencard les interfaces graphiques à fenêtres classiques, et les remplacer par des univers de synthèse complets, enrichis d'éléments audiovisuels de toute nature.
- Incluant des images subliminales, avait insisté Chico...
- Oui.»

Le petit homme avait inspiré un grand coup sur sa pipe, puis expiré de longues volutes de fumée bleue.

«Rien que ça? avait-il fini par lâcher, sceptique. C'est vrai que ça n'a rien d'impossible... Mais quel intérêt a l'E-Empire à faire cela?
- Créer une expérience inédite, attractive, et unique, s'était exclamé Chico. Captiver définitivement le consommateur.
- Barney et Igolio servent à tester différentes stratégies de communication vers l'homme, et mesurer l'impact de différentes techniques de simulation et de stimulation de l'utilisateur, avait renchéri Dara. Le reste est avant tout de la poudre aux yeux destinée à masquer l'intention. Les mécanismes de réplication et d'encapsulation dont ils disposent permettent à l'E-Empire de récupérer toutes les données enregistrées par eux durant leur... Humm... Existence... Ils ne sont qu'une accumulation, une concentration étonnante, de techniques bien connues.»

Ce qu'avait prétendu Dara tenait la route, et c'était bien la seule explication rationnelle dont ils disposaient. Ils s'en contenteraient faute de mieux. Tandis que la Rébellion s'obstinait à reproduire des principes d'interfaces des pionniers du Xerox Parc, l'Empire avançait, investissait, explorait de nouvelles voies, plus radicales, plus efficaces. Eux aussi, apprenaient de leurs échecs.

Jean resta pensif un instant, puis déclara:

«Schoelcher m'a souvent dit que nous autres, les pingouins comme il dit, n'avions pas eu la chance de connaître les anciennes machines, et que cela rendait notre formation très difficile. Vous pensez vraiment que ces interfaces nous empêchaient de voir le fond des choses?
- C'est évident, répondit Dara, plissant ses yeux, révélant des rides si souvent masquées. De mon temps, nous étions peu nombreux à utiliser des calculateurs, mais il nous était impossible de les utiliser sans comprendre en gros comment ils fonctionnaient. La puissance était rare, et l'utiliser pour le confort, absolument exclu. Votre génération n'a connu que des interfaces, des surcouches, décrites dans un jargon soigneusement choisi pour éloigner la réalité de la machine de la représentation que son utilisateur peut s'en faire: de simples décors dissimulant la complexité croissante, le plus souvent avec la bénédiction de tous. C'est pour cela que nous autres flibustiers nous sommes coupés du monde. C'est aussi pour cela qu'il est si difficile de vous ouvrir les yeux. Il faut d'abord parvenir à vous faire oublier toutes ces approximations que vous prenez pour la vérité, avant d'aborder le fond des choses.
- Mais cette fois-ci, l'avait coupé Chico, je ne vois vraiment pas qui échappera à cette tentation s'ils parviennent à mettre ces choses sur le marché. Petit à petit, leur vision des choses s'imposera à nous tous. Qui ne préférerait pas la douceur feutrée d'un univers irréel même aseptisé à la dureté d'un réel de plus en plus complexe?»

Dara acquiesca.

«Nous avons déjà de la chance d'être encore là. Les systèmes ouverts pour ordinateurs personnels et l'internet ont été notre chance, et sans les quelques illuminés qui nous ont rouvert la voie, nous ne serions plus que des vieux schnoques à parler des temps anciens.»

Tous acquiescèrent.

«En fait, avait-elle insisté, ce genre de techniques, les univers virtuels, a été essayé par le passé, le plus souvent à des fins thérapeutiques, avec plus ou moins de précautions d'ordre éthique. Il s'agit simplement d'utiliser la puissance de la machine pour dissimuler le fait qu'elle ne peut faire que ce que son constructeur désire. Fabriquer de l'illusion ouvre tellement de possibilités de changer les choses, si on a la machine pour la rendre tangible en répétant infiniment le message.»

L'illusion devenant réalité: le mythe de Pandore. Ziang avait vu cela. Il était bien trop sage, trop ancien, trop réfléchi pour accepter la tutelle des illusions de la machine, même si on la lui imposait. Mais, en la refusant, il ne pouvait en comprendre les tenants et les aboutissants, la maîtriser. Jean, par contre, était encore jeune, prompt à croire, à suivre. Jean avait été nourri dans un univers d'images, de sons, de bruits, de messages contradictoires en collision permanente. Il l'acceptait pour ce qu'il était encore: un jeu incohérent, absurde, des messages, vrais ou faux qu'importe, sur lesquels s'exerçait son esprit critique, parmi lesquels il devait trouver une voie.

Jean avait été passionné de jeux vidéo. Il savait jouer dans ces univers factices, les exploiter pour atteindre un objectif, chercher les indices, les signes, le sens, la marque du créateur dans les détails d'une image, s'investir dans l'illusion avec autant d'énergie que dans le réel. Les anciens ne connaissaient que l'abrupte rigueur de la machine mise à nu, leur regard acéré coupant tel un rasoir les détails, les finesses, la subtilité, le possible. Il s'agissait pourtant tout simplement d'utiliser cette étonnante richesse de signifiants, de messages possibles dans les images, les sons, les univers factices, pour faire communiquer plus rapidement et plus précisément la machine en direction de l'homme... Pour peu que celui-ci veuille bien s'y prêter.

Les joueurs y étaient préparés depuis longtemps. Les machines continueraient à croître en puissance de calcul, en capacité d'affichage. La jonction aurait lieu un jour, inévitablement.

«Des interfaces sous la forme d'univers virtuels complets pour piloter un châssis!» Invoquer de l'horizon un terminal, le manipuler comme un objet réel, le tourner comme un solide dans l'espace pour passer des commandes, se déplacer dans un univers semblable au réel. Tout cela existait déjà, mais personne ne l'avait encore généralisé: Barney et Igolio étaient des logiciels expérimentaux que l'E-Empire lâchait dans la nature pour tester les réactions du public, rassembler des statistiques de réaction, et en apprendre plus sur la route à suivre pour conquérir cet eldorado.

L'immersion: accaparer suffisamment l'esprit de l'opérateur d'une machine pour que celui-ci soit déconnecté de son environnement réel. L'immersion prolongée dans un univers idéalisé produirait certainement une perte de tout sens du réel, tout esprit critique. Ce phénomène s'observait parfois, mais uniquement chez des volontaires, ou des profils bien précis: programmeurs, internautes, joueurs, ou autres spécialistes capables de se concentrer complètement sur une activité bien précise, le plus souvent par plaisir. Il s'agissait simplement de donner à chacun les capacités à s'immerger dans un dialogue complexe, ludique, et séduisant avec les machines.

«Ami Jean, nous sommes prêts» avait déclaré Barney.

L'horizon devant lui était sombre: il ne distinguait plus qu'à peine la silhouette de Dara, forme fantomatique superposée à l'immensité d'un paysage lunaire éclairé de la pâle lueur jaunâtre d'un soleil mourant. Le bruit des doigts sur les claviers ne semblait plus être qu'une lointaine illusion, un mirage.

«Analyseur comportemental en régime de croisière, déclara Igolio. Fréquence d'analyse actuelle: 194 mesures/secondes; Granularité des mesures: 1° à 5°». Jean ne l'avait jamais entendu parler si gravement. Chico et Dara avaient dû sérieusement le brider.

«Tous systèmes au vert: paré pour la mise en route du simulateur, énonçait Skimmy. Ouverture de la porte d'Ether.»

Tout d'un coup, Jean vit se dessiner face par face, autour de lui l'habitacle d'un chasseur intersidéral. Des instruments (factices) apparurent: radar, un compas, une radio, un projecteur de données tête haute qui représentait les données de l'ordinateur de bord sur la visière de son casque, et d'autres instruments dont l'utilité lui échappait encore. Le bruit des moteurs se faisait de plus en plus fort. Dans le ciel, les étoiles s'embrasaient une à une dans un ouragan de feu, illuminant peu à peu le sol lunaire. De fins traits de lumière intermittents, semblables à des comètes, s'établissaient entre elles signalant les connexions, le trafic entre les points du réseau mondial.

Skimmy se matérialisa à ses côtés, souleva distraitement ses lunettes, commença à les essuyer d'un chiffon.

«Ça te va, comme ça? On s'est dit que ça te semblerait familier, le look façon loup solitaire de l'espace farouche. Tu jouais à un vieux jeu de marchand de l'espace qui s'appelait Frontier, non? Ben en gros, c'est pareil. On aurait pu faire plus gai, mais les z'autres pensaient que c'est pas ton truc.
- Ne le brusque pas, Skimmy, énonça la voix invisible, glaciale d'Igolio, qui semblait sortir d'un petit haut parleur du tableau de bord. Il connaît déjà. D'Gig me signale d'ailleurs qu'au régime où tourne le moteur, on commence déjà à chauffer. Remue pas trop, ou on te passe en rendu fil-de-fer, tu nous fais faire trop de calculs, et enlève ton --verbose, tu m'déniackes.
- On se calme, on se calme, murmura Jean. Comment je lis les indicatifs des vaisseaux dont je vois les trajectoires, d'abord?
- Pointe-les du doigt, tout simplement» répondit Skimmy.

Jean essaya. Aussitôt, il vit un rai de lumière partir de son doigt, traverser le cockpit s'élever dans le ciel.

«Hé, c'est quoi ça? s'exclama-t-il.
- Des trames-sondes, pardi! Comment crois-tu qu'on peut savoir ce que c'est sans émettre vers lui et attendre l'écho?
- Je t'avais bien dit qu'on aurait dû faire un tutoriel» dit Barney, se matérialisant soudain sur la visière du chasseur.

Les voix mêlées d'Igolio et Gigolio grognaient, semblant venir de toute la structure du chasseur.

«Et pourquoi pas une doc, tant que tu y es? répliqua sèchement Skimmy. Ce nouveau système est si _simple_ que même un enfant de six ans s'y retrouverait in-tui-ti-ve-ment.»

Le tableau de bord fit alors un bruit qui imitait assez correctement un rot sonore bien appuyé.

«Tu fais chier, Skimmy, fit sèchement l'Igolio invisible. On va essayer autre chose. Si tu permets, Jean, je prends les commandes, juste pour un tour d'essai. Tant que tu ne saisis pas le manche central, c'est moi qui pilote: ça te va?»

Skimmy semblait outré, mais restait silencieux. Soudain, lui et Barney disparurent, comme aspirés par le tableau de bord.

«La paix, bordel, j'ai besoin d'CPU. Allez jouer ailleurs, fit la voix d'Igolio dans le tableau de bord.
- Je peux parler à mes amis de dehors? demanda timidement Jean.
- Ha, oui, si tu veux, c'est là» fit la voix alors que la radio du tableau de bord se mettait à scintiller discrètement, tandis que l'univers s'emplissait de sons, de détails. Une base spatiale se construisait rapidement dans le paysage. «Mais tu sais, ils voient et entendent tout. Bon: alors, pour faire simple, tu vois les deux joysticks sous tes mains? Ce sont des commandes similaires à celle d'un chasseur Harrier, les mêmes que dans le jeu Harpoon pour les manoeuvres en approche: le précis, la dentelle, quoi. Tu peux les utiliser pour déplacer ton champs de vision ou faire des mouvements rapides en vol stationnaire autour d'une zone. Le joystick central et le pédalier, c'est pour le vol longue distance, sur la propulsion arrière. On t'a choisi un truc qui arrache un peu: simulateur Mig 25 Foxbat. Un truc qui décolle les dents si tu tires fort le manche, mais chuis sûr que t'aimeras. Si tu es paumé, tu as ta console habituelle et tes logiciels moches pour nains à gauche.
- Mais que dois-je faire? Où puis-je aller?»

Skimmy hurla de rire. Igolio grogna un bon coup et le son de son rire sembla devenir de plus en plus métallique, haché, inaudible.

«Où tu veux, mon pote: c'est _ta_ babasse.
- Bon OK, ça suffit, on décolle, fit Jean, mettant ses deux mains sur les commandes. Prêts?
- Prêts! répondit Igolio.
- Je fais quoi, alors.»

Igolio soupira:

«Tu veux un manuel? Fini, le manuel, mon pote: tu tires le manche et tu laisses faire tonton Igolio. Tu vas voir, c'est du velours: cinématique précalculée grande tradition comme on en fait plus.»

Jean tira lentement le manche en arrière. Il sentit le châssis entre ses jambes vibrer, sa vue trembler, sa mâchoire tomber: le chasseur s'élançait dans l'espace infini. Autour de lui, le paysage changeait, la base s'éloignait. Autour de lui, la lueur du frottement de l'atmosphère faisait briller son chasseur incandescent comme une étoile filante.

«GaaAaZ! hurla Igolio.
- Surchauffe, surchauffe, surchauffe» geignit Gigolio. Le tableau de bord clignotait à tout rompre.


Épisode précédent
Épisode suivant


Fiche mise à jour le mardi 18 mars 2003.
Thomas Nemeth
back
Script (version 2.9.9-r9) fait en août 2000