17 Jan 2009 02:32 - Fête : - Vraiment, je ne suis pas là pour détruire Microsoft. Ce sera juste un effet secondaire complètement involontaire. Linus Torvalds

 

L'Histoire des Pingouins

Épisode XXIII : Les vieux singes

Malgré la diversité apparente des amusements qui semblent m'attirer, ma vie n'a qu'un objet : elle est tendue tout entière vers l'accomplissement d'un grand dessein. J'écris l'histoire des Pingouins.

Anatole France : l'île des Pingouins

Jean avait mal au crâne. Orcam le regardait fixement, attendant sa réponse :

« Donc, si je comprends bien, l'ORB est un process qui arbitre les requêtes adressées symboliquement par les applications locales et détermine si la donnée qu'il convient d'adresser est locale, distante, ou cachée, éventuellement en communicant avec des bases de données locales ou distantes ? »

« Oui. » répondit Orcam « Mais n'oublie pas que la donnée adressée peut être n'importe quoi, notamment, du code. »

« Et c'est comme ça que fonctionne Barney ? »

Orcam soupira :

« C'est un peu plus complexe que cela. L'empire a ses propres technologies, fort avancées dans ce domaine, par ailleurs : elles ont pour nom DCOM, MTS, etc. Mais, comme tu l'as constaté toi-même, elles sont plus orientées fonctionalités que sécurité. Barney est susceptible effectivement d'utiliser du code distant ou de se répliquer à distance à certaines conditions. C'est même une fonction recherchée : disposer de code capable de s'auto-répliquer sur une autre machine. »

« Quelles conditions ? »

« Un mécanisme assez proche des RPCs classiques. Disons qu'il suffit que le code ait le droit et la possibilité de projeter à distance une image binaire de lui-même dans tel ou tel état, et ordonner à la machine distante d'exécuter une foncion adaptée de code répliquée. »

« Et le G.N.O.M.E., c'est pareil ? »

« Pas tout à fait... Disons que le G.N.O.M.E. requiert un certain nombre de conditions pour lier du code distant et, qui plus est, G.N.O.M.E. se voulant portable, ne peut utiliser tous les modèles d'exécutables classiques, à la différence du système Impérial : G.N.O.M.E. utilise des modèles propres qui se veulent portables et s'appuient sur le langage Java via le modèle CORBA. »

« Je ne comprends pas très bien : qu'est-ce qu'un modèle d'exécutable ? »

« ELF, ça te dit quelque chose ? »

« Oui, bien sûr », mentit à moitié Jean « Vous voulez dire un format particulier de fichiers que le système d'exploitation considère comme éventuellement exécutable par l'appel à des procédures internes qui lui sont propres ? c'est ça un modèle ? L'Empire a ses propres modèles ? »

« Bien sûr : le .EXE et le .COM comme disent les bidouilleurs, mais aussi ActiveX par exemple, que l'on devrait plutôt l'appeler COM ou COM+ selon la façon dont le marketing impérial est luné, ou encore le modèle VxD. Chaque format a ses spécificités, c'est d'ailleurs pourquoi lorsqu'on utilise un désassembleur, il faut que le désassembleur sache décoder le format d'exécutable pour travailler, chaque modèle étant spécifique. Évidemment, L'Empire sait créer des composants sous divers langages, mais pour une seule plateforme, alors que CORBA exige plus ou moins l'emploi de Java, dans l'espoir d'être aussi portable que Java peut l'être. » Orcam ricana. « Mais Disons pour rester simple que tous ces modèles sont des bibliothèques adressables symboliquement selon une logique propre à chaque modèle. »

« Mais alors, il suffit qu'un processus quel qu'il soit adresse symboliquement Barney et qu'il soit en tout ou partie disponible sur le réseau pour qu'il se réveille, du moins en partie ? »

« Bien... Tu commences à comprendre. Évidemment, le code central de Barney est probablement conçu pour rechercher à tout moment à recoller ses morceaux, se rajouter toutes les bibliothèques disponibles compatibles (comme des plug-ins, disons). »

« Mais il faut pour cela que la machine sur laquelle il se réveille ait un ORB, et sache trouver d'autres ORBs, que ceux-ci coopèrent, et... » Jean resta pensif.

« Hmmm... Ce n'est vraiment pas tout à fait ça, mais en gros, oui, je crois que tu vois le schéma d'ensemble. Plus exactement, il suffit pour qu'au minimum sur le châssis qu'un relais connaissant un ORB soit disponible, et n'importe quel processus peut accéder à un espace d'adressage symbolique à niveau mondial, sur un réseau dans lequel chaque ORB est rattaché à une infrastructure de gestion de clés pour l'authentification avec délégation en cascade en partant du point central ou d'un réseau de points centraux. Ne crois pas que ce soit nouveau... C'est déjà très ancien. »

Jean n'en croyait pas ses oreilles.

« Mais ce n'est pas possible ! »

« Qu'est-ce qui est impossible pour qui contrôle presque cent satellites en orbite basse ? Maintenant, tu vois en quoi Barney est lié au réseau impérial ? »

« Barney est un espion impérial ? »

« Peut-être... Peut-être pas. Mais on en reparlera par la suite. Parlons d'abord du G.N.O.M.E... » Orcam marque délibéremment un long temps d'attente, restant pensif, puis reprit :

« Certains croient qu'il faut disposer d'une alternative libre à cette vision impériale, susceptible d'offrir les mêmes services. Une cohorte hétéroclite de féaux impériaux que dévora à moitié l'Empire mais qui rêvent quand même de le rebâtir à leur image, un fatras d'universitaires désoeuvrés, quelques bureaux de normalisation assoupis et quelques dizaines de programmeurs. »

« Je ne comprends pas très bien pourquoi nous aurions besoin de cela » suggéra Jean.

Orcam haussa les épaules :

« Si tu me demandes mon avis personnel, fiston, tout ce merdier n'a de sens que parce que certains des nôtres jugent bons de suivre l'exemple de l'Empire, tout en disant que jamais au grand jamais personne ne pourrait prendre le contrôle central du réseau. C'est un peu comme le problème de distribution des clés en GPG : tôt ou tard, il existe un centre, et tout le monde sait que tenir le centre génère puissance et gloire. Et évidemment, la cathédrale à créer est belle, si belle... Tout ceci n'est sans doute qu'une affaire de pouvoir. Il y a aussi nos soit-disants alliés qui ne sont guère que des vassaux de l'empire, qui pèsent lourd dans la balance. »

Jean restait pensif. Tout ceci lui semblait inutilement compliqué : il commençait à comprendre le côté vieux con de Schoelcher. On colle trois bouts de code, un peu de colle, et hop ça marche. Le reste n'est que fioritures ou « dépendances » comme il disait, et toute dépendance est haïssable, si elle ajoute de la complexité sans apporter de bénéfice tangible. Il se demandait si par hasard les anciens n'avaient pas plusieurs fois éprouvé ce sentiment face à diverses innovations qui lui semblaient à lui tout à fait fondamentales, comme les navigateurs Web, par exemple. Mais cette fois-ci, il s'agissait peut-être d'une étape importante.

Après diverses tentatives avortées, une énième création ex-nihilo d'un univers de composants logiciels se faisait jour. Le contrat était simple : moins de code local, des applications plus homogènes, des binaires devenus indestructibles parce que répliqués sur divers serveurs, le tout géré de manière tansparente pour l'utilisateur. Un très beau jouet d'entreprise, mais une complexité inutile pour un Ether libre. Mais l'Empire ne lançait pas des satellites par dizaines pour rien. Un réseau alternatif de nouveaux services était prêt, encore une fois.

Tapis dans l'ombre, les marionnettistes pourraient d'un geste remuer des ficelles qui feraient bouger des millions de châssis. Tout dépendait alors des motivations réelles des marionettistes.

Jean avait un peu le tournis. Évidemment, dans ce contexte, le duel GNOME/KDE entre néophytes prenait un tout autre sens, et Jean comprenait que les anciens étaient divisés sur des sujets un peu trop complexes pour les néophytes.

« Mais pourquoi vous me racontez tout ça à moi ? »

Orcam sourit.

« À cause de Barney, justemment. Ou plutôt, à cause de Barney et d'Igolio. Nous avons un petit problème. » Orcam se tourna vers le lieutenant.

Le lieutenant sourit tristement. Il se tourna vers Jean, prit son air le plus solennel. Jean le regardait stupidement. Puis il déclara :

« Jean, tout le monde sait ici que tu as toujours agi de la manière la plus juste. » Son air était bien grave, pensait Jean « Orcam est un très vieil ami. Il m'a dit qu'il devait te parler en privé, et probablement t'inviter à le suivre pour quelque temps. Je pressens que la chose à accomplir est de quelque importance, et je suis trop vieux pour toutes ces conneries. Sache qu'en ce qui me concerne, j'ai toute confiance en ta capacité à déterminer toi-même ce qui est bon pour toi, et pour nous. Je vais donc vous quitter, et il est probable que nous ne nous reverrons plus de sitôt. Alors, bonne chance. »

Le lieutenant se leva, éteignit machinalement la machine à café, ouvrit sa boîte à cigares et commença à en rouler l'extrémité d'un entre ses doigts. Se faisant, il se tourna à nouveau vers Jean.

« Le châssis avec lequel tu es venu au CaLUG autrefois a été remonté par nos mécaniciens. J'ai personnellement veillé à ce qu'il soit dans l'état exact dans lequel tu l'as amené. » dit-il en riant. « Quoi qu'il en soit, maintenant, tu es digne de le piloter sous notre emblème, s'il t'agrée ainsi. Si tu le désires, tu es des nôtres. Le choix t'appartient. »

Jean restait sur la défensive. Voyant le silence s'installer, il se sentit obligé de répondre.

« Vous jouez à quoi, là ? Hé vous voulez me faire marcher dans quelles combines ? Et excusez-moi un peu, mais il pue de la gueule, votre plan. »

Orcam reprit à nouveau : « Quand tu es venu ici, tu n'étais qu'un petit bidouilleur à la manque, comme il en existe tant. Piloter un châssis, c'est bien, mais ce n'est ni suffisant, ni important. Avant tout tu as su faire face à tes responsabilités, seul, et tu as toujours fait de ton mieux pour être à la hauteur de tes idéaux. C'est ça qui est important. Ce n'est pas de réussir qui est important, c'est d'essayer de faire ce que l'on croit juste. Le seul titre de gloire est le résultat. C'est ça qui distingue un rebelle d'un petit minable : le travail et l'éthique. »

Jean restait silencieux.

Le lieutenant reprit : « Savoir piloter, c'est une chose. C'est même assez facile, quand on voit le nombre de pingouins qui y arrivent. Savoir pourquoi on le fait en est une autre et c'est cela que nous avons toujours voulu que tu comprennes. Schoelcher ne saura jamais expliquer pourquoi il est tel qu'il est, mais il sait ce qu'il est et ce qu'il n'est pas. Il sait aussi qu'il partage avec nous un certain nombre de valeurs difficiles à décrire. Il travaille avec nous non pas parce qu'il nous aime, mais parce que ses buts sont suffisamment proches des nôtres pour que nous puissions travailler ensemble encore longtemps. Je crois sincèrement que tu partages suffisamment de valeurs avec ce compromis étrangement mou qu'est véritablement la Rébellion pour être des nôtres. Ai-je été assez clair ? »

Jean resta pensif, puis reprit : « Oui, c'est clair que c'est flou » ricana Jean « Où plutôt, c'est une question d'esprit plus que de règle ou de moyens, c'est ça ? Mais pourquoi m'en croyez-vous capable, pourquoi moi plutôt qu'un autre ? »

« Parce que d'abord, tu as fait des choses avant de demander à être des nôtres, et que les traces des actes réels des uns et des autres sont à nos yeux les meilleures preuves. Mais surtout parce qu'on le sent bien comme ça. Tu sais, chez nous, on ne réfléchit pas énormément. » rigola-t-il.

Orcam grogna.

« Quand vous aurez fini de vous autocongratuler les uns les autres, on pourra peut-être passer aux choses sérieuses ? »

« Ok, Orcam, c'est bon, je crois que je n'ai plus rien à faire là. »

« Bon vent ! » gueula Orcam.

Le lieutenant chercha fébrilement quelque chose dans ses poches, mâchonnant son cigare, puis se dirigea à pas comptés vers la porte et l'ouvrit. Il s'arrêta un instant sur le pas, et lança :

« Soyez sages, hein ? Le monde tournera très bien avec ou sans vous. »

Puis il passa le seuil et referma la porte avant de se recevoir une bordée d'injures.

Orcam se tourna vers Jean « Tu ne portes aucun appareil électrique sur toi et aucune prothèse médicale, je suppose ». Jean fit signe que non. Orcam se leva rapidement, inspecta d'une coup d'oeil la pièce, puis sortit un petit boîtier noir de sa poche, qu'il posa sur la table.


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Fiche mise à jour le mardi 18 mars 2003.




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